KiSS – KiDD

Définitions, genèse et explications

KiSS ou KiDD touche les nouveau-nés ou les enfants.

KiSS est l’abréviation de : Kopfgelenk Induziert Symetrie Störungen qui peut se traduire par
« Troubles de symétrie induits par les vertèbres cervicales »

KiDD est l’abréviation de : Kopfgelenk- induzierte Dysgnosie und Dysphorie qui peut se traduire par
« Dyspraxie/dysgnosie induites par les articulations de la jonction crânio-cervicale »

Les « KiSS ou KiDD Kinder » sont des enfants qui montrent des perturbations de la symétrie, induites par les articulations de la jonction crânio-cervicale.

Un syndrôme méconnu en France qui laisse de nombreux parents seuls face aux troubles de leur enfant.

Un peu d’histoire :

Docteur en thérapie manuelle et chirurgien à Cologne. Le Dr Heiner BIEDERMANN était médecin-chef à la clinique chirurgicale de l’Université de Witten / Herdecke. En 1988, il ouvre un cabinet d’orthopédie. Membre fondateur et professeur de EWMM (groupe de travail européen pour la Médecine Manuelle).

Il a traité en plus de 25 ans, plus de 30.000 nourrissons et enfants en médecine manuelle. Auteur de nombreux ouvrages et publications qui portent principalement sur la thérapie manuelle des enfants, il est considéré comme le découvreur du « syndrome de KiSS ».

17 JUIN 2019

Journée d’échange Franco-Allemande avec l’équipe du
Dr Heiner BIEDERMANN
sur la prise en charge du syndrome KiSS-KiDD
à Cologne (Allemagne)

Photo : 17 Juin 2019 – Journée d’échange Franco-Allemande avec l’équipe du Dr Heiner BIEDERMANN sur la prise en charge du syndrome KiSS-KiDD à Cologne (Allemagne)

Sur la photo de gauche à droite

Dr Bettina KÜSGEN  –   Médecin orthopédiste – Thérapie manuelle (DE)
Soizic CARRON de la CARRIERE   –   Ostéopathe – Enseignante D.O MROF (FR)
Dr Heiner BIEDERMANN   –   Chirurgien – Thérapie manuelle (DE)
Arielle BENCHIMOL   –   Ostéopathe – Enseignante D.O MROF (FR)

Dr H. BIEDERMANN

“À l’origine, ces enfants nous étaient adressés pour leur attitude figée et contractée, les conséquences de cette attitude ne seront reconnues que plus tard, une fois la relation de cause à effet établie. Nous avons ainsi établi comme dénominateur commun à ces symptômes, le complexe articulaire de la jonction crânio-cervicale.”

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En 1968, après de nombreuses recherches G.Gutmann a formulé un premier cadre pour la thérapie manuelle chez les jeunes enfants. En 1984 ce travail a abouti à une monographie en collaboration avec H.Biedermann qui consacre deux chapitres à la thérapie manuelle chez les jeunes enfants. Certains détails constitutifs du KiSS y étaient déjà présents, notamment l’importance du traumatisme de la naissance dans le déclenchement de la pathologie.

Dr H.Biedermann (2004)

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Aux USA, le Dr Viola FRYMANN, DO, FAAO a étudié dans une maternité Californienne 1200 bébés, âgés de 5 jours. 12% seulement avait le crâne libre. et 95% des enfants dits nerveux avaient l’occiput bloqué ( os de la base du crâne).

 

 

 

 

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Dr Viola FRYMANN, DO, FAAO

Mieux comprendre :

La perturbation de la symétrie, induite par les articulations de la jonction crânio-cervicale, se traduit par une perte de mobilité de l’articulation entre la première vertèbre cervicale et la base du crâne.

Aujourd’hui l’importance d’une bonne mobilité de cette articulation est encore trop souvent oubliée ou sous estimée.

Confondue à tort avec le torticolis musculaire congénital (TMC), il est important d’en comprendre la différence.

Un peu d’anatomie :

Le rachis cervical est composé de sept vertèbres et se situe entre :

  • en haut, la base du crâne, (l’occiput),
  • en bas, le rachis dorsal.

Classiquement on divise le rachis cervical en deux parties :

  • un rachis cervical supérieur
  • un rachis cervical inférieur

pour mieux comprendre c.f vidéo à droite →

Dans le cadre du syndrôme KiSS – KiDD, nous nous intéressons au rachis cervical supérieur.

Le rachis cervical supérieur se compose des deux premières vertèbres cervicales (Atlas et Axis) et d’une partie de l’occiput (l’os qui compose la base du crâne)

Remarque : Si les dysfonctions du rachis cervical inférieur intéressent plutôt l’adulte, celles du rachis cervical supérieur sont plutôt dévolues au nouveau-né et à l’enfant.

Cela veut dire qu’un adulte ayant une dysfonction de la base du crâne doit être abordé avec un grand respect. L’ostéopathe ne peut corriger en 10 minutes ce que la Nature a mis des années à compenser.

L’Atlas est relié à l’occiput et à l’Axis par différents éléments anatomiques :

  • La capsule,
  • Les ligaments,
  • Les tissus musculaires,

Chacun des ces éléments assure le maintien et la stabilité de l’articulation.

Dans le cadre d’un syndrome de KiSS, les origines de la lésion fonctionnelle, peuvent être multiples :

  • Accident pendant la grossesse,
  • Malposition intra-utérine
  • Accouchement avec instruments,
  • Déclenchement,
  • … A compléter

il en résulte que la mobilité de la jonction cranio-cervicale est altérée.

EN VIDEO

Source de la vidéo : Anatomie 3D
DES ANIMATIONS 3D POUR FACILITER L’APPRENTISSAGE ET L’ENSEIGNEMENT DE L’ANATOMIE.
Vidéos HD en accès libre et sans publicité
Réalisation : Université Lyon 1, service iCAP
https://www.youtube.com/user/Anatomie3DLyon/featured

EN IMAGE

Conséquences d’une perte de mobilité de la jonction cranio-cervicale
(dysfonction somatique vertébrale)

La perte de mobilité peut entrainer des adaptations fonctionnelles locales et à distances qui peuvent être :

  • des douleurs
  • des changements de la texture du muscle, du tissu conjonctif et de la peau.
  • des modifications du positionnement des vertèbres. Il n’y pas de luxation. Nous parlons de micro-déplacements que l’ostéopathe est capable d’évaluer, et de corriger.
  • des changements de l’activité du système nerveux autonome (SNA) et somatique avec des répercutions sur la fonction viscèrale et autres fonctions anatomiques.

En d’autres termes, les enfant KiSS-KiDD souffrent d’une perte de mobilité de l’articulation entre la base du crâne et la première vertèbre cervicale Atlas.

Leur corps va s’adapter face à cette perte de mobilité.

KiSS Kinder (de 0 à 2 ans)

De 0 à 2ans, nous parlons de KiSS de type I ou II dont les symptômes sont répertoriés dans les tableaux suivants :

KiSS type I

  • Inclinaison du cou avec réduction latérale de la mobilité de la tête
  • Posture en inclinaison (position en C du corps)
  • Microsomie de la moitié du visage (moitié du visage plus petite)
  • Hypersensibilité d’un côté de la nuque
  • Trouble du développement moteur
  • Déformation au niveau des pieds
  • Motricité plus faible d’un côté
  • Asymétrie de la tonicité des muscles
  • Agitation
  • Plagiocéphalie
  • Troubles végétatifs (pleurs, sommeil, digestion)

KiSS type II

  • Brachycéphalie
  • Hyper-extension
  • Refus d’être allongé sur le ventre
  • Difficulté à soutenir sa tête
  • Bave et vomissements fréquents
  • Agitation
  • Epaules relevées
  • Trouble du développement moteur
  • Tendance à l’hypotonie musculaire
  • Colique du nourrisson
  • Hypersensibilité de la nuque
  • Pleurs fréquents
  • Troubles végétatifs (pleurs, sommeil, digestion)

Les enfants atteints du syndrome de KiSS,  peuvent être à 100% de type I ou II,
Il arrive toutefois que certains présentent une association des symptômes du KiSS de type I et II, il sont donc KiSS de type I.II.

KiDD Kinder (à partir de 2 ans)

A partir de 2 ans, nous parlons de KiDD Kinder.

KiDD désigne une “dysgnosie (trouble de la perception) et/ou une dyspraxie (maladresse) induite(s) par les articulations de la jonction crânio-cervicale”.
Les KiDD Kinder, sont des anciens KiSS Kinder qui n’ont pas été traités.
Les symptômes sont répertoriés dans le tableau suivant :

KiDD 

  • mauvaise posture de 2 à 10 ans
  • maux de tête
  • troubles du développement de la motricité fine et/ou globale (coloriage, écriture, cloche-pied, maladresse, etc.)
  • trouble de la concentration
  • retard du développement du langage
  • troubles de l’oralité
  • faiblesse de la perception, en particulier liée aux mouvements et à l’équilibre
  • difficultés à s’orienter dans l’espace
  • agitation motrice et hyperactivité

La plupart du temps, les symptômes ne sont pas tous présents.
Lors d’une prise en charge des enfants KiDD, il est important que les enfants aient été vus par un médecin afin d’écarter toute autre piste de diagnostic qui nécessiterait une prise en charge médicale.

Les Diagnostics différentiels

Le syndrome de Klippel-Feil (SKF) est caractérisé par un défaut de segmentation des somites cervicaux, résultant en une fusion congénitale des vertèbres cervicales, visible radiologiquement. La prévalence est estimée à 1 sur 50 000. Il est souvent associé à la triade clinique classique incluant une implantation postérieure basse des cheveux, un cou court, et une amplitude limitée des mouvements du cou.

Le Torticolis Congénital (TC) est défini par une attitude de la tête qui dès la naissance s’incline latéralement dans une direction, alors que le menton est tourné du côté opposé. Ce trouble est toujours associé à d’autres affections médicales telles que des malformations osseuses et/ou désordres neurologiques [6]

Le Torticolis Musculaire Congénital (TCM) se différencie du Torticolis Congénital par une apparition progressive des symptômes dans les premières semaines de vie dont la caractéristique clinique est la présence d’une tuméfaction (olive) persistante dans le muscle Sterno-Cleido-Occipito-Mastoïdien (SCOM) et l’absence d’affection médicale associée.

Le syndrome de Sandifer (SS) est défini comme un trouble du mouvement de type dystonie* paroxystique survenant en association avec un reflux gastro-oesophagien, et/ou la présence d’une hernie hiatale.

*trouble du tonus musculaire caractérisé par des contractions musculaires involontaires responsables d’attitudes anormales.

Le bassin congénital asymétrique (BCA) est décrit par Seringe, Bonnet et Langlais, dans l’article Le bassin asymétrique congénital : étude clinique, radiologique et évolution [11] comme l’équivalent au niveau du bassin d’un torticolis au niveau du cou. C’est à dire que l’enfant présente une asymétrie de posture des membres inférieurs. L’un des membres inférieurs ne peut être rapproché de la ligne médiane. On retrouve une rétraction musculaire des abducteurs de hanche homolatérale à la jambe, une rétraction des adducteurs de hanche controlatérale à celle-ci.

L’échographie permet de le différencier de la luxation congénitale de hanche.

La luxation congénitale de la hanche (LCH) est connue depuis l’Antiquité. C’était une affection courante inégalement répandue dans la population mondiale. Elle touche plus fréquemment la population féminine, certaines conditions de la vie anté et post-natale favorisent la mise en place d’une LCH.

Il est courant de dire que les LCH sont plus fréquentes dans les régions de Bretagne, de la Creuse, et de l’Est.

Les signes cliniques de suspicion d’une luxation congénitale de hanche sont identiques à ceux du bassin congénital asymétrique mais associés souvent à un craquement au niveau de la hanche. L’échographie permet de la différencier du bassin congénital asymétrique.

Si on résume ces symptomatologies, il en résulte que les troubles de la posture chez les nourrissons peuvent avoir pour origines :

  • Une malformation articulaire
  • Une hypertonie musculaire
  • Une atteinte neurologique
  • Une origine digestive

Cependant jamais il n’est évoqué que l’enfant peut tout simplement avoir une dysfonction de la mobilité articulaire d’un étage vertébral.

C’est pourtant possible et c’est ce que nous appelons le syndrome de KiSS.

Effectivement, le syndrome de KiSS est un blocage de la jonction crânio-cervicale, c’est à dire de la première articulation entre la base du crâne et la première vertèbre cervicale.

Cette dysfonction articulaire a pour conséquence, une adaptation posturale de l’ensemble du corps.

Dans le respect du concept ostéopathique, Sutherland utilisait la métaphore suivante en faisant allusion à un dicton anglo-saxon: ” As the twig is bent, so is the tree inclined ” que l’on pourrait traduire par : ” Comme la jeune pousse est courbée, l’arbre se penche ” [2]. On comprend alors l’intérêt d’une prise en charge ostéopathique précoce de ces enfants.

Subluxation CO/C1, hypothèse explicative des mécanismes adaptatifs du syndrome de KiSS

Dans ce cas, la tête est en rotation droite et inclinaison gauche.
 Les ligaments et les muscles de la région sous-occipitale sont soumis à un stress, ce qui engendre un spasme musculaire.

La jonction crânio-cervicale est impactée.

Lorsque le crâne est en dysfonction, le centre de gravité est modifié. Il y aura des effets négatifs sur les structures neurologiques et vasculaires de la base du crâne et du cou. En particulier les structures à proximité de la musculature seront sous contrainte.

Les artères vertébrales et les 1ers nerfs cervicaux font saillie à la partie postérieure du ligament occipito-atlantoidien. Il est fort probable que ce ligament et d’autres soient à l’origine d’une irritation du systhème neuro-musculaire lors du syndrome de KiSS.

De même, sont impliqués dans cette situation, les ligaments sous-occipitaux, les muscles érecteurs du rachis, petits et grands obliques, sternocléidomastoïdiens, élévateurs de la scapula, trapèzes, scalènes (en particulier les scalènes antérieurs).

De part l’inclinaison du crâne, et les tensions des muscles du rachis cervical, le bassin va se positionner sur un côté pour compenser le déséquilibre du corps.

Le bassin en tractant sur un côté de la colonne vertébrale va incliner cette dernière, engendrant une contraction des muscles du dos d’un côté, et créant l’opisthotonos.

La fausse subluxation de hanche peut en être le résultat.

La technique corrective du syndrome de KiSS entraîne une normalisation de la subluxation de C0/C1. Ce qui harmonise également les phénomènes adaptatifs vus ci-dessus.

Le processus de réharmonisation, après la correction de la subluxation C0/C1, doit inclure la réharmonisation de tous les fascias.

Radio transbuccal

Radio typique transbuccale d’un syndrome de KiSS